Communiqué du 23 février 2016

Après cinq ans de guerre, la Syrie apparaît plus que jamais comme l’épicentre d’un affrontement planétaire à trois niveaux.

Au plan national, sur le terrain, le gouvernement légal fait face à une opposition armée fanatique à dominante terroriste. Au plan régional, la confrontation met aux prises les alliés de la Syrie (l’Iran, le Hezbollah et, de plus en plus, l’Irak) et des ennemis acharnés à la détruire, tels que l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Au plan mondial enfin, c’est un bras de fer entre le camp atlantique (les Etats-Unis et leurs alliés) et la Russie, fermement appuyée par son partenaire chinois.

La phase actuelle de cette guerre planétaire est particulièrement critique, la situation pouvant basculer d’un moment à l’autre vers une accalmie ou vers une exacerbation de la violence. L’accord de cessez-le-feu qui vient d’être conclu entre Russes et Américains sera-t-il appliqué ou est-il voué à l’implosion sous la pression de régimes que l’on a connus plus raisonnables comme ceux d’Ankara et de Riyad, encouragés en sous-main par les néoconservateurs de Washington et leurs émules européens ?

Dans ce contexte, force est de constater que les positions des uns et des autres n’ont guère changé depuis cinq ans : du côté de l’opposition armée, parrainée et pilotée de l’étranger et par l’étranger, on se dit en lutte contre un « régime massacreur » et l’on réclame avant tout le départ du Président Bachar al Assad, comme condition préalable à tout règlement politique. Du côté de la Syrie légale, on estime – à juste titre – que toute transition doit se dérouler sous le contrôle du peuple syrien, à qui il revient, en toute souveraineté, de décider de son destin et de choisir ses dirigeants. En tout état de cause, on considère que l’éradication du terrorisme commandité de l’extérieur est le préalable requis. Le Conseil de Sécurité apparaît marginalisé et admet quasiment son impuissance.

Pendant ce temps, la population syrienne épuisée par cinq ans d’épreuve vit un véritable calvaire, tentant de survivre dans des conditions de plus en plus précaires, dans un environnement ravagé, partagée entre la rage de rester au pays et le désir d’émigrer pour un avenir meilleur.

Le désespoir des Syriens est d’autant plus grand que leur malheur est occulté en Occident et dans les pays musulmans qui ont pris fait et cause pour la « révolution ». L’immense omerta alliant médias, intellectuels et classe politique autour d’un déni de vérité et de justice qui inverse ou brouille sciemment les rôles et qui va de pair avec un soutien affiché aux ennemis de la Syrie légale ne doit pas conduire les hommes et femmes de bonne volonté à se résigner.

Voilà cinq ans qu’une doxa mensongère nous est imposée. Il s’agit d’un lavage de cerveau sans précédent, auquel ont participé tous les médias du mainstream, gauche et droite confondues, amenant en toute occasion de l’eau au moulin de l’intoxication permanente. Les voix différentes sont étouffées, contraintes de trouver refuge sur les sites alternatifs du web. Cette situation procède sans doute de l’exception française, car le paysage médiatique semble nettement plus ouvert et plus diversifié en Amérique et les autres pays européens, où la liberté d’expression a encore une signification.

Dans ce contexte, l’émission « Un œil sur la planète » consacrée à la Syrie et intitulée « Le grand aveuglement », diffusée le jeudi 18 février sur France 2, a été accueillie comme une heureuse surprise et semble avoir ébranlé et ému beaucoup de téléspectateurs. Enfin une vision globale équitable et une analyse équilibrée de la situation après des années d’enfumage sans répit ! Un travail documenté, des témoignages sans appel, une recherche fouillée de l’objectivité et de l’impartialité. Voilà de quoi nous réconcilier avec les médias français du mainstream.

Une seule émission, sur les centaines qui ont anesthésié et intoxiqué l’opinion française depuis cinq ans, aura suffi à faire sortir de leurs gonds, à en perdre la raison, les « démocrates » et leurs protecteurs. Ils aspirent à diriger la Syrie mais ils menacent et censurent déjà. C’est prometteur et cela mérite d’être noté au passage…

Le Collectif pour la Syrie remercie chaleureusement tous les membres de l’équipe qui a réalisé « Un œil sur la planète » et salue leur courage et leur objectivité, espérant qu’ils feront des émules parmi leurs collègues. Ils n’ont pas à se disculper du travail qu’ils ont fait. Soumettre au débat les divers aspects de la guerre syrienne ne peut qu’honorer des professionnels de l’information. Même si ce n’est pas suffisant pour imposer un cessez-le-feu, cela aura contribué à mettre en lumière une injustice et une immoralité qui ont jusqu’ici échappé à nos élites et à notre opinion et aura amené beaucoup de téléspectateurs à réfléchir. Si tel est le cas, comme l’espère notre Collectif, ce sera bien plus qu’un petit pas pour les journalistes responsables, et un pas de géant pour la paix en Syrie et dans le monde.

A. CHEBIB, président Ph. MORRON, co-président A. IBRAHIM, secrétaire général

Michel RAIMBAUD, vice-président

 

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