Liberté, liberté chérie…

Liberté, liberté chérie…

Nul ne pouvait penser que le Colloque du 26 novembre organisé au Mémorial de Caen par le Collectif pour la Syrie pourrait passer inaperçu, la guerre de Syrie et ses enjeux étant un sujet ultra-sensible qui exacerbe les passions, mais qui n’a jamais été présenté au public comme il conviendrait dans un Etat démocratique.

Voilà en effet près de six ans que nous entendons une seule version des faits, et ce monolithisme, quasiment sans précédent dans l’histoire contemporaine de notre pays, est déplorable et inadmissible. Il en dit long sur la déliquescence intellectuelle et morale de nos « élites ». La pensée unique n’est jamais bon signe, encore moins si elle se greffe sur un récit simplificateur, désinformateur et menteur.

Il ne s’agit pas de faire de la propagande, mais de proposer une lecture différente, et en tout cas de présenter une vision plus équitable et plus équilibrée des faits et des réalités. Le Colloque de Caen a été annulé sous l’effet de pressions qui ne visaient qu’à déconsidérer, selon une méthode bien connue, les organisateurs et les intervenants en mettant en cause leur « moralité » ou leur « rigueur scientifique ». Pourtant, s’il y avait vraiment des gages à demander quelque part, c’était plutôt aux « révolutionnaires offshore » syriens qui hantent les palaces et les palais nationaux ainsi qu’aux allumeurs des réseaux sociaux, experts en la matière. Il est vrai que nos censeurs ont un culot assez phénoménal et qu’ils ne brillent pas par leur tolérance. Ils aspirent à diriger la Syrie, mais ils censurent, ils menacent déjà. Qui aimerait être gouverné par de tels révolutionnaires, même affublés du qualificatif de modérés, à part leurs sponsors, qui ont du mal à faire la part des choses entre les effusions et les explosions. Il aura suffi d’un seul colloque (qui n’avait d’ailleurs pas encore eu lieu) sur les centaines qui ont anesthésié et intoxiqué l’opinion française pour faire sortir de leurs gonds, à en perdre la raison, les « démocrates » et leurs protecteurs.

« On ne pouvait pas (paraît-il) laisser les clés du Mémorial à un colloque suspecté de défendre les positions de Bachar Al Assad, lequel depuis 2011 conduit une guerre infâme », mais la décision (du Mémorial) d’annuler le colloque revient à donner aux lobbies bien connus la faculté de pouvoir, au choix, verrouiller ou ouvrir les portes…

La politique française, bien qu’elle se veuille décomplexée, n’est pas au-dessus de tout soupçon et il ne semble pas immoral de la remettre en question : l’acharnement à détruire un Etat souverain avec lequel aucune guerre n’a été déclarée, à saper toutes les chances de règlement politique, à bafouer toutes les règles du droit international et la légalité onusienne, est contraire à la tradition de notre pays : c’est sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité qui assure à la France une bonne partie de son rang . Ne serions-nous pas en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ?

La Syrie est déjà en partie détruite et les Syriens se sentent oubliés, seuls avec leur malheur, d’autant plus grand qu’il est occulté en Occident et dans ceux des pays musulmans qui ont pris fait et cause pour la « révolution » dont se réclame l’opposition armée. A Paris, on préfère en rester à des obsessions qui ne sont plus à l’ordre du jour et à des nostalgies de contrats qui ne seront jamais honorés. Ce n’est ni honorable, ni raisonnable.

La vérité est limpide et il suffirait de regarder pour voir, d’écouter les témoignages pour comprendre et de prêter attention au flot grandissant des voix qui contestent la vision truquée que l’on nous inflige en toute circonstance. Au pays de la raison, il n’en est rien. Oui, sur ce point, on peut bien parler de « l’exception française », et elle n’est pas glorieuse car, à la coupe du monde diplomatique, nous sommes d’ores et déjà hors-jeu ou sur le banc de touche, et nos protégés « révolutionnaires » avec.

Nombreux sont les Français qui rêvent du jour où se lèvera une équipe de visionnaires hardis, capable d’accompagner l’émergence d’un nouvel équilibre mondial et de redonner à leur pays, celui des lumières, la place qu’il a hélas perdue dans le concert international. La France doit retrouver au plus vite sa liberté de décision et ne plus laisser des « alliés » qui ne nous veulent pas de bien, des « amis » de circonstance ou des groupes de pression divers décider de son destin. Les Français doivent tout simplement recouvrer la liberté, celle de s’exprimer en premier lieu. Assez de censeurs, de maîtres chanteurs, de gourous, de terroristes intellectuels : ils n’ont pas leur place au pays de la raison et la liberté.

Paris, le 16 novembre 2016

Michel Raimbaud – Anas Alexis Chebib